
L’affaire Paxton (2007)
En 2007, je mettais en ligne une nouvelle page que j’introduisais ainsi: Sans ce véritable culte dont Paxton est l’objet, il n’y aurait pas lieu de revenir sur La France de Vichy, 1940-44, un livre publié en France depuis bientôt 35 ans. En janvier 2006, avec une poignée d’historiens amateurs, je constatais que l’un des chiffres autour duquel Paxton articule son raisonnement et qu’il reprend régulièrement depuis 1992 dans ses diverses publications et conférences, est, à l’évidence, erroné.
Je ne suis qu’un amateur, et qui plus est, une vocation tardive. Paxton, je ne l’ai pas lu avant la fin des années quatre vingt-dix, en même temps qu’un certain nombre d’ouvrages sur la période. Il a fallu que j’en fasse une relecture tout dernièrement, pendant ce pluvieux été 2007 pour réaliser qu’il ne s’agissait pas d’une erreur isolée, mais que, tel les champignons dont on aperçoit subitement la multitude après la découverte du premier, la pratique du chiffre truqué et de l’approximation sélective était courante dans l’œuvre du maître.
Dans le peloton des historiens de Vichy, le maillot jaune se dope donc depuis 35 ans et personne ou presque ne dit rien. C’est plus qu’un fait divers, c’est une affaire, l’Affaire Paxton.
La page Paxton fut complétée dans les années suivantes par une série de nouvelles contributions
- La déposition de Paxton au procès Papon et les commentaires EdC (2009)
- Commentaires sur ces pages, 3 ans après (2010)
- Le point sur les Landesschützen, Loïc Bonal (2011)
- Il faut sauver le soldat Paxton (2011)
- A propos de la réédition de Vichy et les Juifs (Marrus et Paxton), 2015
Le livre d’Alain Michel et l’Affaire Zemmour
En septembre 2010, je fus ainsi contacté par Alain Michel, historien de Yad Vashem, qui avait été intéressé par mes pages sur Paxton et qui projetait de publier bientôt un livre « remettant en cause les conceptions Paxtonienne-Marrusienne-Klarsfeldienne ». Nous eûmes alors quelques échanges amicaux. Je précisais que je n’avais de l’histoire de la Shoah en France qu’une culture très parcellaire. Après une thèse d’histoire sur les Éclaireurs israélites français pendant la Seconde Guerre mondiale, Alain Michel était devenu rabbin de la tendance Massorti, avait émigré en Israêl où il avait travaillé au bureau francophone de Yad Vashem.
Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français fut publié en mars 2012 aux éditions CLD. Fort courtoisement, l’auteur me citait dans son introduction (pp.25-26) où il reprenait ma vision du « dogme paxtonien » rebaptisée « doxa paxtonienne », mais débordant le cadre paxtonien, s’en prenait à la doxa paxtono-Klarsfeldienne. Le livre se termine par cette réflexion :
« Nous avons vu que […] Vichy, comme quelques autres gouvernements en Europe, a volontairement sacrifié des Juifs étrangers et a essayé dans le même temps de sauver ses Juifs « nationaux » de l’extermination. Cette manière d’agir, qui repose sur le racisme et la xénophobie, est condamnable sur le plan éthique, mais qu’en est-il sur le plan de l’efficacité ? En participant à l’arrestation et à la déportation des Juifs apatrides et étrangers, Laval, Bousquet et leurs proches collaborateurs ont participé à un crime. Mais leur intention d’en « profiter » pour sauver des Juifs français a-t-elle valeur de circonstance atténuante ? On le voit, l’historien peut montrer les faits, l’engrenage des situations, mais en tant qu’historien, il n’a aucune capacité pour juger véritablement du bien et du mal […] Il faut qu’il redevienne un simple citoyen pour donner son jugement sur ce plan. Cependant, le mélange des deux points de vue, celui du professionnel de l’histoire et celui du citoyen qui donne son jugement moral, entraîne une déformation de la vérité historique que l’on retrouve, finalement, à la base même de cette « doxa » que nous avons tenté de dénoncer comme obstacle principal à une véritable compréhension du comportement de Vichy face à l’application de la Solution finale en France. Puisse ce livre permettre qu’un vrai débat s’instaure enfin. »
Aucun débat entre historiens ne s’instaura, mais Eric Zemmour qui n’était à l’époque qu’un journaliste de droite en voie de radicalisation, s’empara de l’idée à laquelle il consacra un chapitre de son Best-seller Le suicide français, paru en 2014. Il s’en suivit une belle levée de boucliers à laquelle les Klarsfeld, père et fils prirent part aux côtés de Paxton. C’est dans ce contexte que fut mise en ligne une page fort bien documentée.
De l’affaire Paxton à l’affaire Zemmour en passant par le livre d’Alain Michel
La montée en puissance de Laurent Joly
Jean-Marc Berlière avec qui j’étais en contact depuis les années 2000 à propos de l’histoire du Parti communiste avait écrit un texte, hébergé par ce site, dans lequel il se rangeait plus ou moins aux côtés d’Alain Michel
Vichy et les juifs : Zemmour/Klarsfeld/Paxton au(x) risque(s) de l’Histoire ? Jean-Marc Berlière, 2015
En 2020, la Revue d’histoire de la Shoah, a sorti un numéro spécial où Laurent Joly s’en prit avec une grande violence à Jean-Marc Berlière et Alain Michel. Ce numéro spécial est à l’origine d’un certain nombre de nouvelles pages
- Vichy, Zemmour, Joly, saison 2021
- Joly, Zemmour, un binome gagnant-gagnant saison 2022
- Histoire d’une falsification, Vichy et la Shoah dans l’histoire officielle et le discours commémoratif (2023)
- Le Journal de guerre de Paul Morand et l’exploitation abusive qu’en fait Laurent Joly (2023)
- En remontant de l’affaire du CVUH (2025) à l’affaire Joly vs Slocombe (2018)
- Vichy et la Shoah : réponse à Laurent Joly (2025)
- Recension « Vichy, Histoire d’une dictature, 1940-1944 » (2026)
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